Reportage de mariage par Lawrence Banahan

Photographe de mariage au Domaine des Gueules Cassées

Je photographie un mariage comme on couvre un événement : présent, discret, attentif à ce qui arrive. Le Domaine des Gueules Cassées me retient par sa palette. L'ocre de la pierre, le vert du parc, et assez des deux pour qu'une même journée donne des images dans deux registres opposés.

C'est un grand parc de pins et de jardins à La Valette-du-Var, entre la mer et les collines, à quelques minutes de Toulon. Une chapelle s'y tient, une allée d'orangers le traverse, et des terrasses le prolongent vers l'ouest.

L'ombre franche et l'heure dorée

Le domaine permet de travailler dans les deux sens, et ce choix résume la page.

Au milieu du jour, le soleil tombe droit sur la pierre ocre et découpe des ombres aux bords nets. Prises pour ce qu'elles sont, elles donnent des images graphiques, faites de lignes et de contrastes, pour les couples qui veulent quelque chose de tranchant.

En fin de journée, la lumière se pose sur l'allée d'orangers et fait tout l'inverse. Elle s'adoucit, réchauffe ce qu'elle touche, et l'allée devient le décor le plus tendre du domaine. La plupart des reportages ici traversent les deux, à quelques heures d'intervalle.

L'allée d'orangers

Une allée agit par la profondeur, à l'opposé d'un simple fond. Elle flatte deux personnes qui marchent et fait peu de chose pour trente qui posent. Le domaine y oriente les mariés avec raison, pourvu qu'on la prenne à l'heure pour laquelle elle est faite.

La chapelle

Une cérémonie religieuse et une réception au même endroit, c'est ce que la chapelle rend possible. C'est aussi l'heure qui me demande le plus, pour trois raisons qui arrivent ensemble.

Il y a peu de lumière, car c'est une chapelle et qu'on l'a bâtie pour le recueillement. Il y a peu de place, et cela devient un vrai sujet dès que la liste d'invités s'allonge : une chapelle pleine laisse à peine de quoi poser un pied. Et le placement appartient à l'officiant, chacun ayant ses exigences, certains laissant se déplacer pendant les lectures, d'autres assignant un seul point du début à la fin.

Le travail se fait donc avant que quiconque s'asseye. Je demande, je prends la place qu'on me désigne, et je fais avec, à l'opposé d'une négociation menée pendant la cérémonie.

Que permet le parc ?

Des décors différents pour des moments différents, sans quitter le domaine. Une cérémonie laïque dans le jardin, un vin d'honneur sous les arbres, la réception à l'intérieur. Les invités se répartissent au lieu de s'entasser, et un reportage de foule dispersée respire.

Les terrasses face au couchant

Elles regardent l'ouest et le sud-ouest, et prennent de face la dernière lumière du jour.

Le dîner et la soirée se tiennent dans des salles que bordent ces terrasses, et le rafraîchissement se sert dehors. Quand la lumière descend, elle arrive droit sur les invités, chaude et basse, à l'heure exacte où chacun tient un verre et oublie l'objectif. C'est la demi-heure la plus douce de la journée. Plus tôt dans l'après-midi, ces mêmes terrasses cuisent, et tout le monde gagne le parc.

La nuit venue, je crée ma lumière avec des flashes déportés, pour garder aux visages leur finesse et aux couleurs leur justesse.

Est-ce loin de Toulon ?

Quelques minutes. Les invités y viennent aisément et s'y sentent loin de la ville, ce qui est tout ce qu'on demande à un domaine posé à sa lisière.

Lawrence Banahan, photojournaliste de mariage à Toulon et sur la Côte d'Azur. Domaine des Gueules Cassées, La Valette-du-Var.

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