Le photojournalisme depuis 1992, appliqué au mariage. Sigalous se vit au rythme des saisons plus que des heures, et documenter un mariage ici commence par savoir quel mois on est. Les chênes, les vignes, la terrasse ont chacun leur moment de l'année.
C'est un vignoble dans un vallon abrité de La Crau, entre Hyères et Toulon, avec un mas ancien au centre et un parc d'arbres vénérables autour. Toulon est à quinze minutes, Hyères à dix, et l'on se retrouve pourtant loin de l'une comme de l'autre.
Les préparatifs se tiennent dans les bastides du domaine, et la lumière y entre par les persiennes.
Une lumière de persienne arrive en lames plutôt qu'en nappe. Elle donne sa matière à une robe et sa coupe à un costume, et elle s'éteint assez vite pour que le fond reste sombre pendant que le sujet reste éclairé. C'est le seul moment de la journée où un photographe souhaite moins de lumière, et le mas la lui accorde.
Les cérémonies se tiennent sous les chênes centenaires ou face aux vignes, et le choix relève du calendrier autant que du goût.
Les chênes attendent le retour des feuilles. Nus, ils offrent des branches et un ciel dur. En feuilles, ils filtrent la lumière au lieu de la bloquer, et placent un visage dans une version adoucie du même jour que reçoivent les invités, si bien que le cadre tient d'un seul tenant.
Les vignes suivent un autre calendrier et donnent leur maximum à l'automne, quand les feuilles virent et que les rangs cessent d'être des couloirs verts pour devenir des bandes d'or et de rouge qui remontent vers les collines. Une cérémonie face à elles en octobre est une tout autre photographie que la même cérémonie en juin.
L'hiver convient mal aux uns comme aux autres, et il vaut mieux le dire lors d'un premier échange que le découvrir en visitant un dimanche de janvier.
Quand le ciel de Provence vire à l'indigo, la terrasse panoramique devient une pièce à ciel ouvert, éclairée par les bougies, les guirlandes et les lanternes que les organisateurs y ont posées.
Cette demi-heure est celle autour de laquelle j'organise le reste de la soirée. Il reste assez de couleur dans le ciel pour tenir un fond, et les lumières de la table sont devenues assez fortes pour porter un visage. Vingt minutes plus tard, le ciel est noir et la même table se réduit à des flaques de clarté isolées.
Passé cette fenêtre, je compose ma lumière avec des flashes déportés. Les éclairages d'ambiance ont de la grâce et peu de puissance, et travailler à leur seule intensité fait grimper la sensibilité et donne un grain qui fait perdre sa finesse à un visage. Une lumière rapportée garde la finesse et la vérité des couleurs.
Deux choses qui se contrarient. L'ombre sous les arbres est profonde, et la pierre sèche renvoie la lumière avec dureté. Déplacer un couple de trois mètres change l'exposition bien au-delà de ce que l'œil perçoit. C'est un lieu où lire la lumière compte autant que régler l'appareil, et où le réglage fin prend tout son sens, en quelques fractions de seconde.
À l'écart, vers le sommet du domaine. De là, la vue embrasse toute la vallée, et le couple se tient avec le terroir entier derrière lui, là où ailleurs on se contente d'un mur ou d'une haie.
Dans les gîtes aménagés dans les anciens corps de ferme. Une partie de la noce dort sur place, et les dernières heures y gagnent une liberté que la route interdit ailleurs.
Lawrence Banahan, photojournaliste de mariage à Toulon, à Hyères et sur la Côte d'Azur. Domaine de Sigalous, 1350 chemin de Sigaloux, La Crau.
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