Je suis photojournaliste, et je photographie des mariages. Certains lieux portent en eux un récit avant même que la journée commence, et le Carlton en fait partie, car l'architecture y parle la première.
Charles Dalmas l'a dessiné en 1911 pour Henri Ruhl, et la façade crème coiffée de deux coupoles est classée depuis 1989. Grace Kelly y rencontra le prince Rainier pendant le festival de 1955, et l'hôtel entra ce jour-là dans une légende qu'il entretient depuis. Un siècle après sa naissance, le palace s'est offert sept années de travaux sous la direction de Tristan Auer, qui lui ont rendu ses marbres et ses hauteurs de plafond. Il a rouvert en mars 2023.
Je prépare mes cadrages d'après le graphisme des lieux et d'après la lumière. Je documente un lieu, je le dirige, et c'est ainsi que je l'aborde.
La salle Belle Époque du rez-de-chaussée a traversé la rénovation intacte, avec ses volumes d'origine et ses lustres de Murano. Le dîner et la soirée dansante s'y tiennent.
La lumière y vient des lustres et des appliques, et de rien d'autre. Elle est faite pour être vue, et la photographier demande autre chose. J'y compose ma propre lumière, comme dans toute salle de réception : des flashes déportés, placés dans la pièce, commandés à distance. La sensibilité reste basse, le grain reste fin, les couleurs restent justes, et des plafonds aussi hauts laissent une source ajoutée se comporter avec docilité.
Les suites ouvrent sur la mer, et les préparatifs y trouvent une lumière que peu de chambres offrent : latérale, réfléchie par l'eau, sans la dureté d'une source directe. Une robe accrochée devant la fenêtre, un peignoir jeté sur un fauteuil, tout y prend un relief qui vient sans effort.
Le balcon domine la Croisette. Une mariée qui s'y avance avec la baie derrière elle, c'est une image que l'hôtel offre depuis un siècle, et qui se saisit en quelques secondes.
Les escaliers intérieurs donnent de la hauteur et une géométrie que le regard suit de lui-même. Un couple qui s'y arrête compose une image, et je choisis le moment où les autres hôtes, qui empruntent ces mêmes marches, ont laissé le champ libre.
Ils se privatisent, ensemble ou séparément, selon ce que les mariés ont arrangé avec l'hôtel. Ce périmètre décide de ce qui se photographie en fin d'après-midi, quand la lumière descend sur la baie.
L'hôtel se prolonge dehors. Les terrasses, les espaces verts devant la façade, et la Croisette elle-même avec ses palmiers, font partie de son image autant que ses salons. Une séance de couple y trouve trois décors en quelques pas, et le boulevard, pourtant public, devient l'écrin du palace dès qu'on le cadre depuis son perron.
Organiser ses images demande de rester indépendant des contraintes de la ville, et Cannes en a. Se garer dans le centre relève de l'épreuve, et les parkings souterrains restent l'option la plus sûre. Pendant les grands salons professionnels et pendant le festival, la ville se referme, et douze minutes de trajet en prennent quarante.
Ces semaines-là, tout s'anticipe. La lumière se perd vite dans un embouteillage, alors on connaît les horaires, on calcule les trajets, et on arrive là où il faut avant qu'elle change. C'est cette anticipation qui sépare un reportage subi d'un reportage maîtrisé.
J'ai photographié plusieurs mariages ici, seul ou avec Julien, qui filme à mes côtés.
Lawrence Banahan, photojournaliste de mariage à Cannes et sur la Côte d'Azur. Carlton Cannes, 58 boulevard de la Croisette.
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