Le reportage de mariage argentique en noir et blanc

Un choix qui va de soi…

Un reportage de mariage argentique en noir et blanc est un parti pris esthétique pour un rendu aux qualités particulières. Las du tout numérique, j’ai ressorti mon vieux Leica qui attendait sagement son heure au fond d’un placard. J’ai chargé la pellicule et constaté que la « vieille bête » fonctionnait encore à merveille. C’est alors que j’ai redécouvert toutes les sensations oubliées pendant ma « pause tout numérique ». Le reportage Leica en noir et blanc peut apparaître comme un acte de résistance inutile face au numérique et à la couleur qui dominent la production actuelle. Leica et photos argentiques seraient condamnés à regagner les vitrines des musées exposés au regard curieux des visiteurs. C’est mal comprendre ce que représente l’utilisation de cette technique qui loin d’être obsolète occupe au contraire une place de choix dans l’éventail des outils dont dispose le photographe mariage. Le reportage argentique en noir et blanc s’adapte si parfaitement au reportage de mariage, qu’il paraît être LA technique qui prend le pas sur les autres pour ce type de travail.

Le reportage argentique est le retour aux sources même de la photographie, car avant l’arrivée du numérique toutes les photos étaient argentiques. La plupart des clichés célèbres faisant partie de l’imaginaire collectif sont des photos argentiques. Les amoureux de Doisneau ont fixé leur bonheur sur un film argentique noir et blanc. Si ces clichés avaient été réalisés à l’aide du numérique, ils transmettraient sûrement moins d’émotion. L’utilisation de l’argentique leur ajoute le supplément d’âme qui fait bien souvent défaut au numérique, la rondeur, le grain, le soyeux, une photo qui soudain s’humanise. On aime souvent spontanément une photo argentique sans savoir expliquer pourquoi, c’est simplement parce qu’elle parle à l’âme, touche, fait vibrer notre corde sensible sans que l’on en soit conscient. La photographie argentique impose un rythme particulier, plus lent, plus réfléchi. Un film ne peut contenir que quelques clichés, il faut donc appuyer sur le déclencheur quand cela s’impose, lorsque c’est LE bon moment. Le photographe devient guetteur, à l’affût de l’instant clé, celui qui ne se représentera plus, mais qu’il saura fixer à jamais sur un simple rouleau de pellicule. Cette chose unique et inattendue est passée à cet instant où j’ai appuyé sur le déclencheur, juste à cet instant précis et précieux qui s’enfuit déjà alors qu’il est à peine né.

La photographie en noir et blanc permet de jouer avec la lumière et les contrastes qui apportent aux photos une aura qui lui est spécifique. Le grain apporte cette rugosité qui accroche l’œil et lui permet d’échapper à la monotonie d’un cliché au poli excessif, il dérange et s’invite au banquet des sensations bousculant la douceur et proposant soudain une nouvelle interprétation. L’œil docile et soumis accepte le voyage qui lui est proposé sans broncher. Il est trop tard pour reculer, le voici pris dans la nasse, toute résistance est inutile, tout retour impossible. Ces photos argentiques sont aussi sensibles que la pellicule qui les fixe et elles restituent à merveille l’ambiance d’un reportage de mariage dont les deux principaux protagonistes sont le plus souvent deux silhouettes vêtues de blanc (la robe de la mariée) et de noir (le costume du marié).